Comment les Vénézuéliens utilisent la crypto face à l'hyperinflation

Comment les Vénézuéliens utilisent la crypto face à l'hyperinflation
Robert Knowles 15 janv. 2026 0 Commentaires Cryptomonnaies

En 2026, un Vénézuélien moyen ne se réveille plus en se demandant combien de bolívars il va gagner aujourd’hui. Il se demande combien de USDT il peut acheter avec son salaire avant qu’il ne perde encore 26 % de sa valeur. L’hyperinflation n’est plus une statistique : c’est un fait quotidien. Depuis 2018, le bolívar a perdu plus de 99,9 % de sa valeur. En mai 2025, l’inflation annuelle était encore à 229 %. Cela signifie que si vous gagnez 100 000 bolívars aujourd’hui, demain, ce montant ne suffit plus à acheter un pain. La monnaie nationale n’est plus un moyen d’échange - elle est une arme contre vous.

Le dollar numérique qui a remplacé le dollar réel

Les Vénézuéliens n’ont pas attendu que le gouvernement agisse. Ils ont créé leur propre système financier. Et ce système, c’est le USDT, la stablecoin liée au dollar américain. Pas le dollar physique - trop difficile à transporter, à cacher, à échanger sans risque. Le USDT, lui, circule sur les téléphones portables, via l’application Binance. Les gens l’appellent désormais les « Binance Dollars ». Sur les étals de Caracas, les prix sont affichés en USDT. Les marchands de légumes, les mécaniciens, les universités, même les taxis - tout le monde accepte maintenant les cryptomonnaies.

Le TRC-20, le réseau de la blockchain Tron, est le plus utilisé. Pourquoi ? Parce que les frais de transaction sont presque nuls. Un transfert de 100 USDT coûte moins de 0,10 centime de dollar. Comparez ça à une virement bancaire international, qui peut coûter 20 dollars et prendre trois jours. Pour une mère qui doit envoyer de l’argent à sa sœur à Maracaibo, ou un ouvrier qui reçoit un salaire en bolívars et doit le convertir en valeur réelle avant qu’il ne s’évapore, le USDT est une lifeline.

Comment ça marche dans la vraie vie ?

Imaginez : vous êtes Carlos, 38 ans, mécanicien à Caracas. Votre salaire est payé en bolívars le vendredi. Samedi matin, vous ouvrez l’application Binance. Vous vendez vos bolívars contre des USDT. À midi, vous payez votre loyer à votre propriétaire en USDT. À 14h, vous achetez du riz, des œufs et du lait au marché en USDT. À 17h, vous envoyez 50 USDT à votre frère à Bogotá, qui les convertit en pesos colombiens pour sa famille. Le tout en moins de 20 minutes. Sans banque. Sans autorisation. Sans intermédiaire.

Ce n’est pas une exception. C’est la norme. Selon les données de Chainalysis, le Venezuela est le 13e pays au monde en matière d’adoption de cryptomonnaies. En 2023, 9 % des transferts d’argent venant de l’étranger - soit plus de 500 millions de dollars - ont été reçus en crypto. Les familles qui dépendent des envois de fonds de leurs proches à l’étranger ont abandonné Western Union et MoneyGram. Ils utilisent maintenant des plateformes peer-to-peer comme LocalBitcoins ou Paxful. Les expéditeurs envoient des USDT ; les récepteurs les retirent en espèces via des points de retrait ou des rencontres en personne.

Un marché à Caracas où les prix sont affichés en USDT et les clients paient avec des tokens numériques.

Les trois taux de change qui gouvernent la vie quotidienne

Il n’y a plus un seul taux de change au Venezuela. Il y en a trois, et ils ne se parlent pas.

  • Le taux officiel du Banque centrale du Venezuela : un mensonge administratif, utilisé uniquement pour les transactions du gouvernement.
  • Le « dólar negro » : le taux du marché noir, où les gens échangent des billets de dollar contre des bolívars, souvent à des prix exorbitants et avec un risque élevé de piratage ou d’arrestation.
  • Le taux USDT : le seul qui compte vraiment. C’est celui que les commerçants utilisent pour fixer leurs prix. C’est celui que les travailleurs utilisent pour négocier leurs salaires. C’est celui que les familles utilisent pour survivre.

Un litre d’huile coûte 250 000 bolívars sur l’étiquette. Mais le vendeur vous dit : « 0,30 USDT ». Parce que 250 000 bolívars valent 0,30 USDT aujourd’hui. Et demain, ce sera peut-être 0,35. Ce n’est pas la faute du vendeur. C’est la faute du système.

Le Petro : quand l’État essaie de contrôler ce qu’il ne comprend pas

En 2018, le gouvernement a lancé le Petro, une cryptomonnaie d’État, supposément soutenue par les réserves pétrolières du pays. Il était présenté comme la solution. En réalité, c’était une escroquerie. Personne ne l’utilisait. Les gens ne faisaient pas confiance à un système qui les avait déjà trahis. En 2024, le Petro a été officiellement abandonné. Aujourd’hui, les Vénézuéliens parlent du Petro comme d’une blague. « On a eu le bolívar, on a eu le Petro, maintenant on a le USDT », dit Maria, 42 ans, professeure à Caracas. « Au moins, le USDT, personne ne peut le modifier à sa guise. »

Un groupe de personnes échange des USDT dans un parc, sauvegardant leur clé privée sur papier.

Les défis : internet, électricité, et la peur

Utiliser la crypto, ce n’est pas juste télécharger une app. C’est faire face à un pays en ruine.

Le courant électrique est coupé deux à trois fois par jour à Caracas. Les téléphones portables meurent. Les réseaux mobiles sont instables. Beaucoup n’ont pas d’ordinateur. Ils utilisent des smartphones d’occasion, achetés pour 30 dollars. Pour rester connectés, ils se regroupent dans les cafés avec Wi-Fi gratuit, ou dans les parcs où les signaux sont un peu plus forts.

La sécurité est un autre problème. Les gens apprennent par eux-mêmes. Un ami montre comment sauvegarder une clé privée. Un groupe WhatsApp partage des astuces pour éviter les arnaques. Beaucoup ne comprennent pas ce qu’est un portefeuille non-custodial. Certains stockent leurs USDT sur des applications qui contrôlent leurs clés - ce qui signifie que si l’application ferme, ils perdent tout. La plupart ne savent pas qu’ils devraient utiliser un portefeuille comme Trust Wallet ou MetaMask, et sauvegarder leur phrase de récupération sur papier.

Et puis il y a la peur. Le gouvernement a fermé des plateformes d’échange. Il a arrêté des mineurs. Il a menacé de criminaliser l’utilisation de la crypto. Mais personne ne s’arrête. Parce que le risque de ne pas utiliser la crypto est pire que le risque d’être arrêté.

Le futur : pas une solution, mais une nécessité

La crypto ne va pas réparer l’économie vénézuélienne. Elle ne va pas créer des emplois. Elle ne va pas réformer la corruption. Elle ne va pas lever les sanctions. Ce n’est pas une révolution. C’est une survie.

Les analystes disent que le Venezuela est un laboratoire. Un endroit où les gens, sans rien d’autre, ont construit un système financier décentralisé à partir de zéro. Et ça marche. Même avec des coupures de courant. Même avec des arrestations. Même avec un gouvernement hostile.

Le vrai changement ? Les Vénézuéliens ont arrêté d’attendre que quelqu’un d’autre les sauve. Ils ont pris leur argent en main. Pas en espèces. Pas en dollars. En bits et en octets. En USDT. En Bitcoin. En blockchain.

Le bolívar est mort. Ce n’est pas une métaphore. C’est un fait. Et la vie continue - avec une autre monnaie.

Pourquoi les Vénézuéliens utilisent-ils le USDT plutôt que le Bitcoin ?

Le USDT est préféré parce qu’il est stable : 1 USDT = 1 dollar américain. Le Bitcoin, lui, fluctue fortement. Pour acheter du pain ou payer le loyer, vous avez besoin d’une valeur constante. Le Bitcoin est utilisé pour épargner à long terme ou pour des transferts internationaux plus importants, mais pour les transactions quotidiennes, le USDT est plus pratique et plus fiable.

Le gouvernement interdit-il la crypto au Venezuela ?

Le gouvernement n’a pas légalisé la crypto, mais il ne l’a pas non plus interdite. Il tolère son usage, surtout pour les échanges en USDT, car cela permet aux citoyens de survivre sans qu’il doive payer les salaires. En revanche, il a fermé des plateformes et arrêté des mineurs, surtout quand ils utilisent l’électricité publique. C’est une politique de contrôle : vous pouvez utiliser la crypto, mais pas trop, et pas trop librement.

Comment les Vénézuéliens convertissent-ils leurs USDT en espèces ?

Ils utilisent des points de retrait en espèces, souvent organisés par des intermédiaires locaux. Certains se rencontrent en personne dans des lieux publics pour échanger des USDT contre des billets de dollar ou des cartes-cadeaux. D’autres utilisent des cartes prépayées qui peuvent être rechargées en crypto et utilisées comme cartes de débit. Il n’y a pas de banque pour ça - tout se fait en réseau, de personne à personne.

Est-ce que la crypto est sûre au Venezuela ?

Elle est plus sûre que le bolívar. Mais pas sans risques. Les arnaques existent : des faux sites, des applications malveillantes, des personnes qui volent les clés privées. La sécurité dépend de l’utilisateur. Ceux qui sauvegardent leur phrase de récupération sur papier et utilisent des portefeuilles non-custodiaux sont en sécurité. Ceux qui laissent leur argent sur Binance ou LocalBitcoins sans comprendre comment ça marche, risquent de tout perdre.

La crypto va-t-elle remplacer le bolívar ?

Le bolívar n’est déjà plus une monnaie. Il ne sert plus à acheter, ni à épargner. Il est devenu un objet de collection, ou un outil pour les transactions officielles du gouvernement. La crypto, elle, est la monnaie réelle du peuple. Ce n’est pas une question de choix - c’est une question de survie. Même si le gouvernement change, les gens ne retourneront pas en arrière. Le système a été brisé. Et la crypto, c’est ce qui le tient encore debout.