En été 2025, des millions d'Iraniens ont subi des coupures de courant prolongées tandis que les fermes de minage de cryptomonnaies continuaient de tourner. Cette contradiction apparente soulève une question cruciale : pourquoi le gouvernement iranien subventionne-t-il massivement l'électricité pour le minage de cryptomonnaies alors que son réseau électrique est au bord de l'effondrement ? La réponse réside dans une stratégie complexe mêlant contournement des sanctions internationales, contrôle politique et gains économiques à court terme, au détriment de la stabilité énergétique nationale.
Le paradoxe des subventions énergétiques
L'Iran offre un avantage économique sans précédent pour les mineurs de cryptomonnaies grâce à ses tarifs électriques fortement subventionnés. Alors que le coût moyen mondial pour miner un Bitcoin avoisine plusieurs centaines de dollars par kilowattheure, l'Iran propose des tarifs industriels allant de 0,04 $ à 0,08 $ du kWh pour les opérations légales. Pour les utilisateurs domestiques non régulés qui se tournent vers le minage illégal, ce tarif peut descendre encore plus bas, entre 0,01 $ et 0,02 $ du kWh.
Cette différence de coût crée un écart de profit vertigineux. Selon les données publiées par Bitcoin Magazine en juillet 2025, il coûte environ 1 300 $ pour miner un Bitcoin en Iran, contre plus de 306 000 $ en Italie. Cet écart de 235 fois rend l'Iran l'un des lieux les plus rentables au monde pour cette activité, malgré l'isolement international du pays.
| Pays | Coût estimé par Bitcoin | Tarif électrique moyen |
|---|---|---|
| Iran | ~1 300 $ | 0,01 $ - 0,08 $ / kWh |
| Kazakhstan | ~5 000 $ | Variable (plus élevé) |
| Italie | ~306 000 $ | Tarifs européens standard |
Cependant, cet avantage n'est pas gratuit. Chaque Bitcoin miné consomme plus de 300 mégawattheures d'électricité, soit l'équivalent de la consommation quotidienne de 35 000 foyers iraniens. Cette intensité énergétique place une pression immense sur un réseau déjà vieillissant et sous-investi depuis des décennies.
Restrictions et réglementations croissantes
Face à la détérioration rapide du réseau électrique, le gouvernement iranien a adopté une approche contradictoire. D'un côté, il encourage le minage comme source de devises étrangères ; de l'autre, il impose des restrictions sévères pour tenter de maîtriser la demande.
Dès 2018, le minage a été légalisé sous conditions strictes. Les opérateurs doivent obtenir trois autorisations distinctes : une approbation du Ministère de l'Industrie pour l'importation du matériel, un quota d'électricité auprès de la société Tavanir, et une autorisation de la Banque Centrale d'Iran (CBI) pour l'exportation des cryptomonnaies générées. Ce processus prend entre trois et six mois, avec un taux d'approbation inférieur à 40 % selon les données du Conseil Blockchain d'Iran en 2025.
Les restrictions saisonnières constituent une autre mesure clé. Pendant les mois d'été, lorsque la demande en climatisation augmente de 30 à 40 %, le gouvernement ordonne régulièrement l'arrêt temporaire des fermes de minage légales. Ces interruptions ont eu lieu en 2021, 2022 et 2023, créant une incertitude opérationnelle majeure pour les investisseurs.
En janvier 2025, de nouvelles règles ont exigé que toutes les opérations soient enregistrées dans des installations à échelle industrielle et équipées de compteurs intelligents pour surveiller la consommation en temps réel. Parallèlement, le gouvernement a lancé une campagne de dénonciation, offrant 10 % des coûts d'électricité récupérés aux citoyens signalant des activités illégales. Cette initiative a conduit à 8 432 signalements et 2 157 fermetures durant les six premiers mois de 2025.
L'impact sur le réseau électrique national
La tension entre les besoins énergétiques des ménages et ceux du secteur crypto a atteint un point critique. Mohammad Allahdad, directeur adjoint de Tavanir, a déclaré en juillet 2025 que les opérations de minage consommaient près de 2 000 mégawatts, représentant environ 5 % de la consommation totale d'électricité du pays. Plus alarmant, cette activité compte pour 15 à 20 % du déséquilibre du réseau électrique.
Le problème s'aggrave avec la prolifération du minage illégal. Le ministère de l'Énergie estime que les mineurs non déclarés consomment jusqu'à deux gigawatts quotidiennement, équivalent à la consommation de toute la ville de Téhéran. Lors d'une panne internet nationale en milieu d'année 2025, liée à des conflits régionaux, la consommation d'électricité a chuté de 2 400 MW suite à l'arrêt temporaire de plus de 900 000 appareils de minage illégaux, confirmant l'ampleur cachée de ce phénomène.
Cette surexplication provoque des blackouts fréquents. En été 2025, les résidents de Téhéran rapportaient en moyenne 8 à 12 heures de coupures par jour. Sur Reddit, 92 % des commentaires dans une analyse de sentiment de juin 2025 blâmaient directement les fermes de cryptomonnaies pour ces interruptions. Un utilisateur tweetait fin juillet : « 21 heures de blackouts cette semaine tandis que les fermes de l'IRGC tournent 24h/24 - c'est du terrorisme économique contre les Iraniens ordinaires ».
Le rôle de l'IRGC et l'économie parallèle
Au cœur de cette dynamique se trouve le Corps de la Garde Révolutionnaire Islamique (IRGC). Des rapports indiquent que l'IRGC contrôle entre 55 et 65 % de toutes les opérations de minage, directement ou via des sociétés écrans. Cette domination permet au groupe militaire de générer entre 400 et 500 millions de dollars de revenus annuels, servant ainsi à contourner les sanctions internationales.
Dr Saeed Laylaz, conseiller économique, a critiqué cette situation en février 2025 : « Le gouvernement a créé une économie parallèle où l'IRGC contrôle à la fois l'offre d'énergie et la production de cryptomonnaie, contournant la supervision de la banque centrale ». Cette structure concentre le pouvoir économique tout en externalisant les coûts sociaux sur la population générale.
Malgré cela, le ministre de l'Énergie Ali Akbar Mehrabian défend la politique actuelle. En juin 2025, il a affirmé que le minage régulé générait 800 millions de dollars de devises étrangères annuellement, compensant ainsi les coûts énergétiques. La Banque Centrale autorise effectivement les mineurs licenciés à vendre leurs bitcoins pour régler le commerce transfrontalier, bien qu'elle interdise strictement les paiements domestiques en cryptomonnaie.
Perspectives futures et défis structurels
À court terme, l'Iran semble piégé dans un dilemme stratégique. L'Agence Internationale de l'Énergie prédit que sans investissements majeurs dans le réseau, les pénuries d'électricité pourraient augmenter de 25 à 30 % d'ici 2027. Le secteur crypto devrait cependant continuer de croître, avec des revenus projetés à 1,5 milliard de dollars en 2025, soit 0,8 % du PIB national.
Le modèle actuel repose sur une exploitation intensive pendant l'hiver, quand la demande résidentielle baisse, suivie de restrictions brutales en été. Cette instabilité décourage les investissements étrangers à long terme et favorise les acteurs internes puissants comme l'IRGC, capables d'absorber les risques politiques.
Les alternatives régionales gagnent du terrain. Le Kazakhstan, bien que présentant des coûts de minage plus élevés (~5 000 $ par Bitcoin), offre une infrastructure plus stable et moins de risque de confiscation étatique. Si l'Iran ne parvient pas à moderniser son réseau électrique ou à réformer sa gouvernance énergétique, il risque de voir son avantage compétitif s'éroder face à ces concurrents plus fiables.
Pourquoi l'Iran subventionne-t-il l'électricité pour le minage de cryptomonnaies ?
L'Iran utilise le minage de cryptomonnaies comme un outil pour contourner les sanctions internationales et générer des devises étrangères. Les subventions électriques permettent de produire du Bitcoin à très faible coût (environ 1 300 $), créant ainsi une source de revenus importante pour l'État et des groupes influents comme l'IRGC, malgré l'impact négatif sur le réseau électrique national.
Quelles sont les restrictions actuelles sur le minage en Iran ?
Les mineurs doivent obtenir plusieurs licences (Ministère de l'Industrie, Tavanir, Banque Centrale). Le gouvernement impose des arrêts temporaires pendant les pics de consommation estivale, exige l'utilisation de compteurs intelligents et mène des campagnes de répression contre le minage illégal, y compris des récompenses financières pour les dénonciations.
Combien d'électricité consomme le minage de cryptomonnaies en Iran ?
Selon Tavanir, les opérations légales et illégales combinées consomment entre 2 000 MW et 2 GW quotidiennement. Cela représente environ 5 % de la consommation totale du pays mais contribue à 15-20 % du déséquilibre du réseau, aggravant les coupures de courant ressenties par les ménages.
Quel est le rôle de l'IRGC dans le secteur crypto iranien ?
L'IRGC contrôle estimativement 55 à 65 % des opérations de minage en Iran. Il exploite ces ressources pour générer des revenus substantiels (400-500 millions $/an) afin de financer ses activités et contourner les sanctions, consolidant ainsi son pouvoir économique au sein du régime.
Est-il rentable de miner du Bitcoin en Iran comparé à d'autres pays ?
Oui, extrêmement. Avec un coût de production d'environ 1 300 $ par Bitcoin contre plus de 300 000 $ en Europe, l'Iran offre les marges bénéficiaires les plus élevées au monde. Cependant, cette rentabilité est compromise par les risques politiques, les coupures fréquentes et l'instabilité du réseau.